Comment traverser une crise familiale ou professionnelle lorsque tout semble se liguer contre vous ?
Face à l’épreuve, nous avons deux manières d’aborder la réalité.
Nous pouvons choisir de nous focaliser sur le « Quoi » : la montagne d’obstacles, la logistique défaillante, les imprévus et la résistance à tous les coups. Mais en faisant cela, nous nous laissons aspirer par une énergie négative faite de peurs, de doutes et d’épuisement.
Ou alors, nous pouvons faire le choix de basculer vers le « Qui » : apprécier profondément chaque personne sur notre route, chaque main tendue, chaque geste et chaque minute d’écoute.
Ce changement de focalisation ne fait pas disparaître la crise, mais il transforme radicalement la manière dont nous la traversons. Il nous permet d’en sortir plus forts, plus sereins et profondément confiants dans l’humain.
Voici l’histoire d’une épreuve très personnelle que je viens de vivre, et dont je ressors, malgré la tempête, avec un sentiment profond de gratitude envers la vie.
L’onde de choc
Lundi matin. En pleine réunion, mon téléphone vibre. Le nom de mon père s’affiche sur l’écran.
Vivre sa vie à l’étranger implique une réalité silencieuse : laisser ses racines dans son pays d’origine. Je sais que mon père oublie parfois le décalage horaire avec le Canada et qu’il lui arrive de m’appeler le lundi si nous n’avons pas réussi à nous parler durant la fin de semaine. Ne pouvant pas répondre, je raccroche en déclenchant un message automatique.
Deuxième tentative immédiate. Je le connais : il n’a pas lu mon message. Cette fois-ci, je décline poliment l’appel.
Mais il réinsiste aussitôt. Une troisième fois. Là, la surprise laisse place à l’inquiétude. Je sors précipitamment de la salle de réunion, je décroche et demande : « Bonjour Papa, tout va bien ? »
À l’autre bout du fil, ce n’est pas la voix de mon père. C’est l’hôpital. Un médecin urgentiste. Mon père a été retrouvé sans connaissance dans la rue et transporté d’urgence dans leur établissement.
Le médecin cherche à comprendre ce qui s’est passé. Il pose des questions pour reconstituer le contexte familial et savoir qui peut venir à son chevet. Par chance, sur le téléphone de mon père, mon contact WhatsApp est resté au beau milieu de l’écran. Lorsque le médecin lui a demandé qui appeler, il a réussi à articuler : « Mon fils, il est au Canada », avant de lui tendre son téléphone.
Je transmets immédiatement au médecin le contact de ma sœur, qui habite en France. Le docteur prend alors le temps de me faire un bilan complet : factuel, bien sûr, mais avec les milliers de kilomètres qui me séparent de lui, la distance rend chaque mot plus inquiétant. Le diagnostic tombe : une sévère coupure au visage, une désorientation marquée et une commotion cérébrale détectée au scanner. Il faut programmer un IRM pour déterminer l’origine exacte du malaise, peut-être une chute antérieure, et écarter le risque de mini-AVC.
Malgré la gravité de la situation, à travers cet appel, je ressens profondément l’approche de ce médecin. Il prend le temps d’expliquer, de relativiser, de détailler les prochaines étapes. On sent son implication sincère, son envie profonde de prendre soin de mon père… et, au passage, d’apaiser un peu le fils à l’autre bout du monde.
Écoute, sourire et solutions.
Tout condenser pour créer l’espace
Faisons un saut rapide sur les trois jours suivants. Entre les discussions à distance et l’exploration des pistes avec les équipes locales pour savoir ce qui peut être fait, ma décision s’impose : je dois partir immédiatement sur place pour amorcer une solution.
Je dois entièrement réorganiser mon emploi du temps : annuler ou refuser des réunions, décaler des rendez-vous décisifs. Avec les projets en cours et le départ en vacances qui approche, j’ai besoin de rassembler toutes les informations pour continuer à faire avancer les dossiers durant le mois d’août. En résumé : tout l’ordinaire de ma vie professionnelle doit se condenser brutalement pour créer l’espace nécessaire à la gestion de cette crise.
Je vais voir mon gestionnaire et lui dis : « J’ai besoin de te parler cinq minutes. »
Nous sommes sur la toute dernière journée de présence au bureau, avec une montagne de dossiers urgents à boucler avant les congés. Voyant que je suis profondément soucieux, il m’accorde aussitôt ces cinq minutes. Je lui explique brièvement la situation et lui annonce que je vais devoir travailler à distance depuis la France. Pour lui, comme pour la culture d’entreprise chez Michelin, la réponse est immédiatement centrée sur la personne : pas de soucis, prends tout le temps qu’il faut sur place pour trouver la solution.
Écoute, sourire et solutions.
Une fois la décision prise, une question m’obsède : comment aider, et qui voir en premier ?
Il y a l’équipe soignante qui gère son quotidien pour voir comment il va ; le médecin qui va le suivre pour négocier un rendez-vous d’IRM qui ne soit pas dans trois mois ; et l’assistant social, car je dois comprendre le cadre légal et trouver la prochaine étape pour m’assurer qu’il soit en sécurité pour l’avenir.
J’appelle l’hôpital depuis le Canada. Je tombe sur une infirmière et lui demande s’il est possible d’obtenir un rendez-vous avec le médecin le jour même de mon arrivée. Lorsqu’elle comprend que je traverse l’Atlantique, elle se démène pour me trouver le créneau le plus adapté. Je lui demande ensuite s’il est possible de me transférer à l’assistant social pour le rencontrer le lundi. Elle ne se contente pas de me passer un numéro : elle se déplace physiquement dans les couloirs, consulte l’assistant social et me fixe un rendez-vous dans la foulée de celui du médecin.
La course contre la montre
Écoute, sourire et solutions.
Dimanche après-midi. L’heure du départ. Après une nuit très courte et hachée par le stress, j’atterris en France et me rends au comptoir d’Hertz. Et là… pas de réservation.
Dans la précipitation du départ, j’ai tout simplement oublié de réserver mon véhicule, comptant naïvement sur la chance. L’agent au comptoir m’explique gentiment qu’après un gros week-end d’affluence, il n’a plus un seul véhicule disponible. Le piège se referme : je n’ai que 5 heures devant moi pour rejoindre l’hôpital et rencontrer le médecin, avec près de 4 heures de route si tout va bien.
Je parle avec l’agent. Je lui explique en toute transparence pourquoi je suis là et je reconnais mes torts : oui, j’aurais dû réserver. L’agent me regarde, marque un temps d’arrêt et me dit : « Attendez, laissez-moi regarder ce que je peux faire. »
Il fouille dans son système et finit par me trouver une voiture. En me tendant les clés, il ajoute : « Je vous en ai choisi une avec CarPlay et GPS, ça vous évitera du stress inutile. » Le tout emballé dans une petite discussion chaleureuse sur la Coupe du monde de soccer.
Écoute, sourire et solutions.
La vérité en face
J’arrive à l’hôpital à 13 heures précises. L’accueil est fermé pour la pause du midi, personne pour me renseigner. N’écoutant que l’urgence, je monte directement au premier étage, demande mon chemin pour le service gériatrique et finis par me faire orienter vers le bon secteur.
Là, je revois enfin mon père. Passé le choc de le découvrir physiquement affaibli en vrai, je constate avec soulagement que la cicatrisation de son visage progresse bien. Mais très vite, il m’explique qu’il doit absolument sortir de cet hôpital, que ce qu’il a n’est « pas grand-chose », et qu’il doit rentrer chez lui pour s’occuper de sa maison et de son jardin.
Je ressens toute sa détresse : celle d’un homme qui réalise qu’il ne maîtrise plus son avenir, contraint de rester enfermé sans pouvoir décider par lui-même. Alors je reste là. J’écoute. Je normalise ce qu’il ressent. Je le rassure en lui promettant que je vais aller chez lui juste après pour prendre soin de sa maison. Alors, je sens qu’il commence à se calmer. Je discute avec lui et avec son voisin de chambre pour redonner un semblant de normalité à cet instant.
Soudain, une aide-soignante entre dans la pièce. Je vois le visage de mon père s’éclairer d’un coup. « Alors, tout va bien ? » lui lance-t-elle avec bienveillance. « Votre fils du Canada vient d’arriver ! »
Elle ressort aussitôt. Mon père se penche alors vers moi et me chuchote : « Elle m‘offre des cafés en plus, parce qu’elle sait que j’aime ça. » En réalité, cette aide-soignante prend sur son temps et son argent pour descendre lui acheter des expressos à la cafétéria, simplement parce qu’elle a vu que cela lui faisait du bien au moral.
Écoute, sourire et solutions.
Le renversement des rôles
Puis vient la rencontre avec le médecin. Petit à petit, au fil des explications, je comprends ce qui s’est réellement passé et quel en sera l’impact pour le futur. C’est d’abord le choc d’encaisser l’état où il se trouve aujourd’hui, d’entendre des mots posés sur une vérité que je refusais de voir jusqu’alors. Cette réalité simple et brutale : mon père n’a plus la capacité de vivre seul dans sa maison.
Pendant tout l’entretien, je ressens la sincérité et l’écoute de ce médecin. Il prend le temps de me partager son évaluation, de m’exposer les étapes et d’explorer les options. Nous débattons de la situation. Pour l’instant, un rendez-vous d’IRM n’est disponible qu’au début du mois d’octobre au mieux, mais je sens que toute l’équipe médicale se mobilise en arrière-plan pour lui trouver une date au plus tôt.
Écoute, sourire et solutions.
Trouver des réponses médicales est une chose, mais ce séjour à l’hôpital ne peut pas s’éterniser. Je dois trouver une solution pour la suite.
Il m’est tout simplement impossible de le laisser rentrer seul chez lui. Impossible. Je ne pourrais plus me regarder dans une glace. Et ce, même si l’on me propose l’installation d’une téléalarme où un opérateur interviendrait ou appellerait les premiers répondants en cas de problème. Ma sœur habite à 3 heures de route, et moi à 24 heures de distance. C’est irréaliste, pas acceptable. Mais alors, quoi faire dans un pays dont je ne connais plus vraiment les rouages ?
Je rencontre l’assistant social pour lui exposer la situation qu’il connaît déjà en partie. Je lui explique que je ne peux plus abandonner mon père dans un environnement où, s’il fait une chute, personne ne le verra. Il est encore largement autonome, mais je dois impérativement tisser autour de lui un filet de sécurité. Nous discutons, nous comparons les options existantes et, tranquillement, nous sélectionnons la plus adaptée : une résidence pour seniors non médicalisée, mais proposant un service d’aide aux résidents.
Écoute, sourire et solutions.
Trouver une solution
Le lendemain, la situation à l’hôpital évolue rapidement : mon père va mieux physiquement et l’établissement doit bientôt libérer sa chambre. Une nouvelle question m’assaille : comment organiser ce transfert ? Un mini-déménagement géré par moi depuis le Canada ? Non, c’est impossible. Je dois tout régler avant mon vol retour. J’ai besoin d’un logement pour lui dans 48 heures.
Je me rends donc au village pour seniors pour visiter. Je regarde la localisation, le niveau de soutien, le type de logement, les options, les tarifs. Une montagne d’informations s’accumule, accompagnée de questions qui tournent en boucle dans ma tête : Est-ce que ce sera bien pour lui ? Est-ce qu’il va accepter ce transfert ?
Pour lui, le choc est énorme. J’ai le sentiment de le forcer à quitter sa maison, ses repères, ses amis. Pourtant, je n’ai pas le choix : il ne peut plus vivre seul, et le temps que je viens de passer dans sa maison n’a fait que renforcer cette certitude. Mais imposer un tel choix à son propre père exige d’accepter un douloureux renversement des rôles. Et lui aussi doit le subir. Quant à savoir s’il l’acceptera un jour… Ce sera pour plus tard. Et saura-t-il un jour reconnaître que c’était le meilleur choix ? Je ne le crois pas. Je ne sais pas.
Dans cet établissement, je rencontre le conseiller. Il prend un temps précieux pour moi, me fait découvrir les lieux, me propose des idées concrètes pour adoucir la transition et me promet que toute l’équipe sera là pour l’épauler. Il cherche à apprendre à connaître mon père : ses modes de communication préférés, ses habitudes pour les repas, les options pour lui conserver un sentiment d’autonomie tout en lui offrant la sécurité. Et en apportant, enfin, la sérénité pour nous, ses enfants.
Écoute, sourire et solutions.
La pure bonté
Et comme rien n’est jamais simple dans ces moments-là, la voiture de mon père nécessite des réparations obligatoires sous deux semaines pour passer le contrôle technique. Sans cela, elle ne pourra plus rouler. Personne autour n’est là pour gérer le garage et, plus tard si les résultats de l’IRM sont bons , lui faire livrer son véhicule dans sa nouvelle résidence pour l’aider à garder son indépendance. Mais comment faire ?
Je me rends à la concession automobile. La personne à l’accueil me répond catégoriquement : « Nous, on ne fait pas ce genre de service. »
C’est alors que la directrice de la concession arrive. Elle écoute, comprend la situation, et nous explorons des pistes ensemble. Après cinq minutes d’échange, elle propose de s’en occuper elle-même, bénévolement. Elle avait l’habitude de croiser mon père lorsqu’il marchait dans le village, ils habitent non loin l’un de l’autre, et lui avait dit bonjour une ou deux fois de loin, sans plus. Et là, cette femme accomplit un acte de pure bonté spontanée.
Écoute, sourire et solutions.
Ce que la crise nous enseigne
Cette tranche de vie a été d’une exigence extrême. Si je m’étais focalisé uniquement sur le « Quoi » les contrecoups, les contraintes logistiques, l’épuisement et les embûches, chaque obstacle serait devenu une source de frustration. Mes émotions négatives se seraient accumulées, altérant la teneur de mes échanges. En arrivant dans une posture de réaction ou d’exigence face à la pression, je n’aurais jamais obtenu un tel niveau de mobilisation.
C’est ici que réside la véritable puissance du passage du « Quoi » au « Qui ».
En choisissant l’humain, on apprend à demander de l’aide sans honte, à partager ses doutes et ses interrogations avec authenticité. Dans le monde du management comme dans la vie personnelle, la vulnérabilité n’est pas une faiblesse : c’est un levier d’engagement universel.
Se focaliser sur le « Qui », c’est chercher à comprendre la personne en face de soi, percevoir ses hésitations, normaliser ses réticences en osant exprimer les siennes, et reconnaître pleinement son expertise. Lorsque vous valorisez l’individu avant le problème, vous ne forcez plus le passage : vous créez l’espace pour que l’autre ait envie d’embarquer avec vous, transformant des exécutants de circonstances en véritables alliés.
Pour autant, le « Qui » et le « Quoi » ne s’opposent pas : ils se répondent.
Se focaliser sur l’humain est précisément ce qui permet d’adresser le problème. Suivre des indicateurs, mesurer les progrès ou fixer des objectifs reste indispensable. Le « Quoi », avec ses métriques et son cadre, donne la direction du voyage. Mais le « Qui » en est le moteur, et l’attention que vous lui portez génère le seul véritable carburant : l’engagement de vos équipes. Les deux sont indissociables, mais c’est en plaçant l’humain au cœur de l’équation que vous irez plus loin.
Alors, merci la vie, et merci à tous ces humains qui, jour après jour, incarnent cette posture qui fait toute la différence : Écoute, sourire et solutions.
Vous voulez voir une application pratique de ces éléments dans votre vie pro ? : lisez cet article : L’effet tunnel : quand l’urgence avale le recul
🛠️ 3 actions simples à mettre en place
Écoute : Ai-je vraiment laissé l’autre exprimer sa réalité sans lui couper la parole ?
Sourire : Ai-je abordé cet échange avec bienveillance et calme, plutôt qu’avec de la réactivité émotionnelle ?
Solutions : Avons-nous co-construit au moins une étape concrète pour avancer ?
👉 Ces trois actions simples renforcent votre posture de manager et vous rapprochent de votre potentiel.
Coaching ou mentorat : votre choix, votre croissance
Je suis Franck Dervault, fort de nombreuses années d’expérience professionnelle et désormais en voie de certification comme coach. Je propose deux approches distinctes :
- Le coaching, pour vous aider à libérer votre potentiel grâce à la réflexion, la présence et la découverte guidée.
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Quelle que soit la voie que vous choisissez, mon objectif reste le même : vous aider à réaliser que vous êtes plus sage que vous ne le pensez, avec un potentiel immense qui ne demande qu’à être révélé.
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